Vilte Fuller, Market on the side of a motorway, 50 x 65cm, oil on canvas.jpg

Ville Fuller | The Shuttle to the Moon has crashed, and now I am Falling (la navette vers la lune s'est écrasée et maintenant je tombe)

30 juin - 14 juillet 2021

Il existe une hantise qui obsède et tourmente les esthètes du monde d’en haut, grands tyrans de la beauté normée. Nous parlons de la peur d’un fléau ravageur, d’un nuisible destructeur qui menace le fragile équilibre sur lequel repose dangereusement nos castes asociales : le mauvais goût. Car il n’y a pas de pire insulte, ni de plus terrible sapage de réputation, l'esthète est prêt à tout pour l’éviter. Il est prêt à perdre son esprit critique, sa créativité, son jugement. Il est prêt à prôner le minimalisme et la neutralité, la non prise de risque et la couardise. Résultat ? La disparition de la couleur, du sujet, du sens. La disparition même de l’impression. On ingurgite à coup de scrolls infinis des intérieurs pierrejeanneretisé à la sauce Zara oubliant qu’il fut un temps où l’on achetait sur coups de cœur et non pas pour répondre aux diktats esthétiques d’un journal de bord digitalisé au format 6 x 6. Aujourd’hui on n’a plus son propre goût, on a Le Bon Goût. Ou rien. 

 

L’anglo-lituanienne Vilte Fuller fait partie de cette nouvelle génération d’artistes qui n’a pas peur, ni de choquer, ni de ne pas plaire. Vilte met sur ses petits formats, un univers : le sien. Il n’appartient à personne d’autre qu’à elle. Il est unique. Composé de contradictions, de juxtapositions, d’incompatibilités. Sur ses toiles, parfois cousues entre elles, naissent des espaces concrets, réceptacles paradoxaux de l’imaginaire de l’artiste. Le tableau devient hétérotopie, concept si bien décrit par Michel Foucault qui nous renvoie à nos cabanes d’enfants, lieux réels où naît spontanément l'irréel. Sur quelques centimètres Vilte fait cohabiter une Sharon Stone très Basic Instinct, l’univers terrifiant du mangaka Junji Ito et quelques références au surréalisme polonais du peintre des cauc Zdzisław Beksiński. Tout le génie réside dans cette dissonance, cette capacité à unir la plastique glamour d’une silhouette androgyne à un alien phallique aux allures de cornichon. Côte à côte les petits formats de Vilte Fuller apparaissent comme autant de chapitres d’une longue narration, retraçant l'avènement discret d’une génération singulière, créatrice d’une myriade de sous-cultures. Le travail de Vilte en est l’expression pure, entre critique caustique du goût standardisé, rejet des mécanismes passés et créations d’espaces autres. Du “beau” nouveau qui invite à découvrir les défis libertaires du nouveau millénaire.